Vous avez pu le constater par vous-même, l'accord du gouvernement Papillon fait payer tout le monde, et plusieurs fois : les travailleurs avec ou sans emploi, du privé comme du public, jeunes ou âgés. Tout le monde... sauf les grosses fortunes, les actionnaires et les spéculateurs. Le nouveau gouvernement, qui « cherche » 11 milliards d'euros, a pris soin d'épargner ceux qui les détiennent vraiment.
Pire : il ne s'attaque pas aux causes de la crise. La spéculation financière, la loi des marchés, le modèle capitaliste, unanimement dénoncés comme étant responsables de la crise il y a quelques mois encore, non seulement ne sont pas mis à contribution, mais en plus ne sont même plus remis en cause ! Pourtant, croire qu'en serrant un peu les dents pour supporter ces mesures sur la prépension et le crédit-temps, on pourra s'en sortir, c'est se tromper lourdement. Il suffit d'ailleurs d'observer des cas comme ceux de la Grèce, de l'Espagne et de l'Italie, où les cures d'austérité instaurées depuis des mois ne font qu'aggraver la situation et appeler d'autres cures d'austérité.
Le mécanisme est simple : en diminuant les revenus des travailleurs avec ou sans emploi, on diminue la consommation, donc on ralentit la croissance, ce qui provoque une diminution des revenus de l'Etat qui a moins de moyens pour remplir ses missions de services publics et rembourser ses dettes. Agir de la sorte entraîne un effet boule de neige qui nous conduira inéluctablement vers une récession majeure qui entraînera d'autres mesures d'austérité,... et ainsi de suite.
Beaucoup s'insurgent de la manière qu'emploie le gouvernement pour faire appliquer ses réformes sociales : passage en force et tentative d'éviter l'avis du Conseil d'Etat, communication nébuleuse, mépris des mécanismes de la concertation sociale... Mais bien plus que sur la forme, ce programme est infâme sur le fond ! Et les « garanties » que les contrats en cours ne seront pas remis en cause n'ont rien d'apaisant : en quoi ces mesures sont-elles plus acceptables pour les générations futures que pour les personnes déjà engagées dans un crédit-temps, une prépension ou la pension ? Le fait que ces mesures ne seront peut-être pas rétroactives n'est pas suffisant : elles doivent être abandonnées !
Le gouvernement doit accepter de discuter du fond des réformes. Et il doit être clair que la concertation n'est pas qu'une simple pilule permettant de mieux faire digérer leurs produits indigestes. Une concertation digne de ce nom doit permettre de changer, de rééquilibrer fondamentalement le fond de la réforme gouvernementale.
« Avant, c'est trop tôt, après, c'est trop tard », on connaît la chanson. Mais à moins d'être à la table des négociations politiques, les gens n'ont pas l'occasion d'intervenir dans la décision. Il est donc tout aussi opportun de refuser à l'avance ce qui risque d'être conclu que de contester un accord déjà conclu. De plus, cet accord doit encore être voté. Et quand bien même il l'est, tout ce qui est fait peut-être défait : les choix politiques n'ont rien d'irrémédiable et de définitif. Tant que nous ne serons pas satisfaits de ces décisions, nous les contesterons.
D'autre part, les libéraux n'en font pas mystère : cette réforme du marché du travail n'est qu'un premier train de mesures qui sera suivi par un autre lors du contrôle budgétaire. Et le prochain objectif des libéraux est notamment de mettre à mal l'indexation automatique des salaires.
Nous ne sommes pas dupes : face au mécontentement des organisations syndicales, la FEB a tout intérêt à simuler une certaine insatisfaction et quelques concessions. La vérité, c'est qu'elle est parvenue à préserver les intérêts des plus riches, en sacrifiant les petits indépendants qu'elle prétend habituellement défendre.
C'est très clair, la FEB ne peut que se satisfaire de cette réforme du marché du travail qui met à mal des aspects majeurs de notre protection sociale et qui porte en elle les gènes qui permettront à terme la destruction de notre modèle social.
Non seulement cet accord budgétaire fait payer ceux qui sont déjà victimes de la crise, mais en plus il épargne ceux qui l'ont provoquée ou qui en profitent. L'accord ne répartit pas les efforts, il les concentre sur les plus nombreux qui sont aussi les plus faibles ou les plus précaires : les chômeurs, les jeunes, les femmes (sur qui se concentrent le plus les carrières incomplètes), les pensionnés, les travailleurs qui seront licenciés demain,...
Comme toutes les autres constructions humaines, les marchés ont l'importance qu'on leur donne. Les partisans de l'ultralibéralisme sont parvenus à présenter le système financier comme un être presque vivant alors qu'il est totalement virtuel. Que se passerait-il si on fermait la Bourse ? Rien. Il n'y aurait pas moins de bouches à nourrir, pas moins de personnes à loger, pas moins de têtes à instruire. Le capitalisme et les spéculateurs ont prouvé leurs limites et leurs dérives. C'est le bon moment pour changer de système et revenir à l'économie réelle.
Tout est surtout question de choix politiques. Un exemple simple : la Banque Centrale Européenne (qui appartient aux citoyens européens) vient de prêter 480 milliards d'euros aux banques privées avec un intérêt de 1% l'an. Ces banques privées prêteront ce même argent (le nôtre) aux pays d'Europe (nous) mais avec un intérêt allant de 2 à plus de 10% (ces banques privées empochant ainsi des bénéfices mirobolants et étranglant financièrement les états). Cherchez l'erreur... Une simple décision européenne (donc sans changer le traité européen) permettrait de prêter directement aux états ce même argent à 1,1% d'intérêts via la Banque Européenne d'Investissement. Pourquoi ne le fait-on pas ? La réponse est simple : Merkel et la droite européenne sont à la botte du lobby bancaire qui veut continuer de se goinfrer sur le dos des peuples.
L'Europe, c'est nous. Au même titre que nous pouvons nous opposer au pouvoir politique belge, nous pouvons nous opposer au pouvoir politique européen. Certains se sont soulevés contre des dictatures. Nous avons seulement à user de nos droits conquis par la démocratie.
Jusqu'à la grève générale du 30 janvier prochain, et tous les jours qu'il faudra pour empêcher ce futur gouvernement de faire payer la crise aux travailleurs du public et du privé, jeunes ou âgés, avec ou sans emploi.
Si vous aussi vous jugez que cet accord est socialement injuste et économiquement destructeur, faites connaître ce site (Facebook, Twitter, etc), parlez-en à vos collègues et voisins, rejoignez les mobilisations !


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